Un «changement de culture» est nécessaire pour favoriser la sécurité des piétons

Ce texte fait partie du cahier spécial Tous piétons!

En 2018, Québec enchâssait le « principe de prudence » dans son Code de la sécurité routière, mais sans lui donner de valeur prescriptive. La portée de cette mesure sur la protection des marcheurs reste donc limitée, au grand dam de Piétons Québec, qui souhaiterait plus de mordant.

L’article 3.1 du Code stipule que « tout usager de la route est tenu, surtout à l’égard de celui qui est plus vulnérable que lui, d’agir avec prudence et respect lorsqu’il circule sur un chemin public. Le conducteur d’un véhicule routier est tenu de faire preuve d’une prudence accrue à l’égard des usagers plus vulnérables, notamment les personnes à mobilité réduite, les piétons et les cyclistes ».

Revoir la législation

Cependant, les législateurs ont ajouté que « l’usager vulnérable est, pour sa part, tenu d’adopter des comportements favorisant sa sécurité ». « Cette précision affaiblit en fait le principe de prudence envers le plus vulnérable que soi, déplore Sandrine Cabana-Degani, directrice de Piétons Québec. D’ailleurs, la France et la Belgique n’ont pas procédé à une telle précision lorsqu’elles ont intégré le principe de prudence dans leur Code. »

Sandrine Cabana-Degani déplore aussi le fait que ce principe ne soit pas incorporé à d’autres articles du Code de la sécurité routière, ce qui, dans les faits, réduit grandement la chance de le voir appliqué concrètement. « Ça demeure un code construit pour les automobilistes et pour encadrer la circulation routière », estime-t-elle. D’ailleurs, le Code ne prévoit aucune sanction précise en cas de non-respect de ce principe.

Piétons Québec souhaite que le gouvernement québécois procède à une révision en profondeur de cette législation, afin notamment de modifier plusieurs articles et ainsi d’imposer une application concrète du principe de prudence. « Ce principe ne doit pas rester un vœu pieux, il doit présider à un véritable changement de culture, ajoute la directrice. Présentement, à la fois le libellé et l’application du Code reflètent encore la mentalité du tout-à-l’auto, par exemple dans les articles dont l’application relève de la police, comme les excès de vitesse pour lesquels on note une certaine tolérance. »

Un dangereux déséquilibre des forces

On est là au cœur du problème que le principe de prudence tente de régler. Il s’agit à la fois de faire prendre conscience aux automobilistes du fait que les marcheurs (et l’on pourrait dire la même chose des cyclistes) sont beaucoup plus vulnérables qu’eux en cas de collision et de les amener à adopter des comportements qui tiennent compte de ce déséquilibre. Les piétons courent 284 fois plus de risques de périr ou de subir des blessures dans une collision avec un véhicule que les conducteurs ou les passagers, selon l’organisme Parachute, spécialiste de la prévention des blessures.

C’est avec cette réalité en tête que Piétons Québec a choisi le slogan « À pied, nous n’avons pas d’armure » dans le cadre de sa campagne « Tous piétons ! ». Lors de la tournée virtuelle réalisée par l’organisme en 2021, les participants ont dénoncé plusieurs comportements imprudents des automobilistes. Parmi les plus fréquents, on note le fait de ne pas céder la voie aux marcheurs à un passage pour piétons ou même à un feu vert lorsque la voiture veut effectuer un virage à droite. Selon les participants, ces principes seraient moins bien respectés au Québec que dans d’autres provinces.

Combattre le laxisme

« Plusieurs entorses au Code de la sécurité routière continuent d’être socialement acceptées, comme le fait de dépasser la limite de vitesse d’environ 10 km/h, souligne Sandrine Cabana-Degani. Les automobilistes ne craignent pas, en général, de recevoir une contravention s’ils ne respectent pas la priorité aux piétons à un passage piétonnier. Ce sont pourtant des comportements qui mettent à risque les usagers plus vulnérables. »

Selon elle, les discours sur la sécurité des piétons portent trop peu souvent sur cette banalisation de certains comportements dangereux et des manquements des automobilistes au Code de la sécurité routière. Or, on parle beaucoup plus fréquemment de ce que le marcheur doit prendre comme mesures pour se protéger. On lui conseille par exemple d’être plus visible ou plus vigilant. Piétons Québec souhaite que l’on responsabilise les conducteurs, qui restent bien plus dangereux que les piétons, puisque ces derniers ne jouissent pas de la protection d’une solide carrosserie.

« Le Québec a besoin d’un renversement de paradigme, avance la directrice. Ces changements exigeront du temps et un effort collectif, mais nous devons les accomplir pour améliorer la sécurité des usagers les plus vulnérables du réseau routier. »

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