«Rupture de service» dans les CHSLD en 2020: la faute au manque de préparation

Les centres de soins de longue durée étaient peu préparés à faire face à la crise de la COVID-19, selon des gestionnaires montréalaises qui ont témoigné lundi devant la coroner Géhane Kamel, dans le cadre de l’enquête publique sur les décès de personnes âgées et vulnérables en CHSLD lors de la première vague de la pandémie.

Au CHSLD montréalais Yvon-Brunet, sur lequel l’enquête se concentre cette semaine, les deux tiers des résidants ont été infectés, soit 120 personnes, en seulement trois mois. De ce nombre, 73 en sont morts.

Ephrem Joseph Grenier était l’un des résidants décédés. Le témoignage de l’un de ses proches venu le visiter juste avant sa mort, lu par la coroner, fait état d’une « chambre dans un état lamentable », d’une « odeur presque insoutenable » et de « couches par terre ».

Talonnée à ce sujet par la coroner, la directrice du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal dont dépend le CHSLD Yvon-Brunet, Sonia Boulanger, a refusé de dire que son organisme a perdu le contrôle de la propagation du virus. Elle a cependant admis qu’il y avait eu « une rupture de service » en raison de la crise.

Mme Bélanger a ajouté que, même avant la pandémie, « il manquait beaucoup de personnel ». Au mois d’avril 2020, c’était environ « 45 % » des employés habituels qui étaient absents, en rémission de la maladie ou en attente de diagnostic, alors que « ça prenait de sept à huit jours avant d’avoir le résultat » de test.

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Pris au dépourvu

« Avant même qu’on mette les mesures, la COVID était entrée », a raconté Isabelle Matte, directrice adjointe à l’hébergement pour le CIUSSS, ajoutant qu’à l’époque, « on pensait que ça se passerait dans les hôpitaux ». Durant la première vague, elle a été responsable de l’aménagement de zones de quarantaine dans les 17 CHSLD appartenant au CIUSSS.

Des installations désuètes et le manque d’équipement ont selon elle aggravé la situation. Lors de la première vague, de mars à mai 2020, « il n’y avait pas assez d’écouvillons et de capacités de laboratoire » pour dépister la maladie, a-t-elle rappelé. En conséquence, seules les personnes présentant des symptômes ou ayant été en contact avec des malades de la COVID-19 pouvaient passer un test. Même constat du côté des masques chirurgicaux, qui étaient « en pénurie » partout au Québec.

Des masques à l’hôpital chinois

Le CHSLD appelé « l’hôpital chinois » a été de loin le moins touché de tous ceux sous la responsabilité du CIUSSS. « Les employés, à majorité, ce sont des Chinois et ils ont vu ce qui s’était passé en janvier en Chine », a expliqué Mme Bélanger.

En février, alors que le port du masque n’était pas encore recommandé ni fourni par la santé publique, les employés de l’établissement « apportaient leurs propres masques », ce qui a pu être un facteur de protection, selon la directrice du CIUSSS. Elle a cependant précisé que l’hôpital chinois profitait aussi d’autres avantages, dont « une main-d’œuvre très stable » et beaucoup d’espace dans le bâtiment, ce qui limite le risque de contagion.

Questionnée à plusieurs reprises sur les décisions provinciales, notamment sur le temps que la Santé publique a pris avant de recommander le port du masque chirurgical, la directrice régionale de santé publique de Montréal, la Dre Mylène Drouin, a dit n’avoir aucun reproche à faire. « On construisait l’avion en plein vol », a-t-elle rappelé, ajoutant que la COVID-19 était alors encore très méconnue.

Elle a toutefois reconnu qu’il faudrait mettre en place des règles de prévention claires « pour quand on n’a pas toutes les connaissances » au sujet d’une nouvelle maladie.

Le contexte de l’enquête de la coroner

L’enquête de la coroner se penche sur les décès de personnes âgées ou vulnérables survenus dans des milieux d’hébergement au cours de la pandémie de COVID-19, qui comptent pour la moitié des victimes de la première vague. Son objectif n’est pas de désigner un coupable, mais bien de formuler des recommandations pour éviter de futures tragédies.

Six CHSLD et une résidence pour personnes âgées ont été désignés comme échantillon. Un décès sera examiné pour chaque établissement.

Les audiences de cette semaine portent sur la mort de M. Ephrem Joseph Grenier, le 12 avril 2020, au CHSLD Yvon-Brunet, à Montréal. Elles continueront jusqu’à jeudi. La semaine prochaine, l’enquête portera sur le CHSLD Sainte-Dorothée, à Laval. À la toute fin, un volet national sera aussi examiné.

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