La vie d’artiste? | Le Devoir

J’aime à penser que le vigneron est un artiste. De cette trempe d’hommes ou de femmes qui se réinventent au fil des millésimes, sous le feu roulant d’une passion qui repousse sans cesse les limites de leurs intuitions. Une image d’Épinal ? Sans être totalement naïf, avouons qu’un premier coup de nez piste déjà l’artiste là où il veut bien nous mener. Dans sa façon d’interpréter le végétal pour nous le rendre intelligible tout en s’inclinant derrière une réalisation qui le dépasse chaque fois.

La vie d’artiste n’est toutefois pas exempte de stress, de contraintes, mais aussi, parfois, de doutes. « I’m a dreamer, an artist, not a financial person », avouait, lors d’une visioconférence-dégustation cette semaine au Devoir, Randall Grahm, fondateur de Bonny Doon Vineyard, mais aussi personnage coloré et grand amoureux des vins du Rhône français dont il est, en Californie, le Rhône Ranger officiel. Sans doute est-ce pourquoi cet « artiste rêveur » décidait de vendre sa boîte à la société WarRoom Venture LLC. en janvier 2020, tout en demeurant partenaire et winemaker de Bonny Doon Vineyard.

Cette décision venant d’un homme qui, souvenez-vous, avait procédé en bonne et due forme à « L’enterrement de vie de bouchon » en octobre 2002 à New York, une cérémonie proprement surréaliste qui officialisait l’avenir de la capsule à vis, pourrait étonner compte tenu de la farouche individualité du personnage, mais l’opération vise visiblement à lui assurer les coudées franches pour de nouvelles envolées dont lui seul a le secret.

Quels seront les effets d’une telle collaboration ? « Il n’y a pas de bouleversements stylistiques ni qualitatifs, mais plutôt une approche plus resserrée, plus focalisée sur le plan du marketing avec, sur le terrain, de nouvelles sources d’approvisionnement et cette même vision collaborative parmi les vignerons avec qui nous travaillons déjà, précise l’artiste. Les gens de WarRoom apportent non seulement leur dynamisme avec leur équipe de vente, mais ils possèdent la même passion contagieuse, la même philosophie pour notre marque. »

L’avenir nous dira si Randall Grahm a vendu ou non son âme au diable de l’industrie. Il semble toutefois pour le moment que les vins demeurent sur l’orbite qualitative à laquelle l’homme nous avait habitués.

Les vins

La série sur les vins rosés rédigée ici la semaine dernière présentait un Vin gris de cigare 2020 (22,95 $ – 10262979 – (5) © ???) que ne dédaigneraient nullement tagine, couscous, mets libanais ou autres poutines de Warwick. Vous pouvez déjà constater sur l’étiquette la touche artistique (et flyée !) de mister Grahm avec ce graphisme inspiré de la réglementation émise en 1954 à Châteauneuf-du-Pape décrétant l’interdiction d’objets volants non identifiés — le fameux cigare volant — au-dessus des vignobles locaux. L’homme avait déjà le sens du branding, pour le dire en français de France !

Le Cigare blanc 2019, Central Coast (26,35 $ – 14602900). « Nous avons greffé la roussanne sur des pieds de vermentino, car ce dernier est moins austère en jeunesse. Je pense même qu’avec le tibouren, ce soit un cépage très prometteur chez nous », précisait son auteur. Impossible de le contredire ici ! Un blanc sec de caractère, vivace et aromatique, au goût miellé de melon frais. Délicieux sur une pissaladière. (5) © ??? 1/2

Le Cigare volant « cuvée Oumuamua » 2018, Central Coast, États-Unis (26,35 $ – 14602889). « Je voulais faire avec ce rouge, où domine le grenache noir (complété de cinsault et de syrah), un vin plus bourguignon, à la fois souple et aromatique », mentionnait Randall lors de la dégustation. Issu de six régions précises, il y a ici une synergie parfaite entre cépages, terroirs et microclimats. Surtout une espèce de fine tuning savamment orchestré, offrant précision et fraîcheur sur une bouche souple, aux notes florales et épicées où la griotte s’affiche en fin de parcours. Accessible, il régale déjà, servi frais, sur quelques côtes de porc aux olives et herbes de Provence. (5) © ??? 1/2 ?
 

Journée mondiale du chardonnay

À grappiller pendant qu’il en reste!

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