La «loufoque» élection de Rimouski

La lutte sans merci entre le maire actuel, Marc Parent, et la conseillère municipale du Bic, Virginie Proulx, revit à l’envers dans l’actuelle campagne municipale, où M. Parent envisage de se présenter comme conseiller dans le district du Bic et Mme Proulx à la mairie.

« C’est un peu loufoque ce qui se passe ici », résume sur un ton amusé le rédacteur en chef du journal local Le Soir, Pierre Michaud. « C’est un peu comme s’il voulait prendre sa revanche sur Mme Proulx. […] Imagine le scénario si Mme Proulx gagne la mairie et que M. Parent est conseiller du Bic ! »

La vive animosité entre les deux personnages politiques remonte à juin 2020 quand le maire et les autres conseillers ont adopté une résolution pour exclure Mme Proulx des délibérations en comité plénier qui se tiennent à huis clos. M. Parent et ses collègues accusaient alors la conseillère du Bic d’avoir fait part de renseignements confidentiels obtenus en comité plénier à un citoyen.

Ce dont Mme Proulx s’est toujours défendue, affirmant qu’on l’a exclue parce qu’elle remettait en question l’unanimisme ambiant.

L’élue de 39 ans, détentrice d’un doctorat en développement régional a, par la suite, lancé un mouvement pour une meilleure transparence dans les municipalités aux côtés de la conseillère Évelyne Beaudin, de Sherbrooke. Les deux femmes, qui sont aujourd’hui toutes les deux candidates à la mairie, ont d’ailleurs présenté cette semaine un mémoire à l’Assemblée nationale pour réclamer que les comités pléniers deviennent publics. Si Mme Proulx est élue, elle sera la première femme de l’histoire à diriger la municipalité.

Face à elle, le seul autre candidat déclaré est Guy Caron, ancien député néodémocrate de Rimouski-Neigette. Élu lors de la vague orange, il s’est révélé l’un des piliers de la députation québécoise au sein du parti de Jack Layton. Depuis sa défaite aux mains du Bloc en 2019, cet économiste de formation administrait Héritage Bas-Saint-Laurent, un organisme se consacrant à la communauté anglophone de la région.

Pour l’heure, M. Caron a pris peu d’engagements précis, mais il se présente comme un rassembleur, à l’image d’Éric Forest (maire de Rimouski de 2005 à 2016 et ancien président de l’Union des municipalités du Québec). Selon Pierre Michaud, il est assurément le favori. « Si je me fie à ce que je vois sur les réseaux sociaux, M. Caron part avec une grande longueur d’avance. » Les gens « apprécient beaucoup les qualités de l’homme », précise-t-il.

Le journaliste souligne toutefois que beaucoup de gens ont pris Virginie Proulx en sympathie « pour ce qui lui est arrivé [au comité plénier] ». La jeune politicienne fait en outre preuve d’un courage politique indéniable. Ainsi, lorsqu’un citoyen s’est présenté au conseil municipal pour savoir si chacun des élus était favorable à la venue très attendue d’un magasin de la chaîne Costco, elle a été la seule à répondre « non » en disant que cela « ne correspondait pas à sa vision du développement », relate le rédacteur en chef du Soir. Une audace qui pourrait rejoindre davantage de jeunes électeurs et de partisans de politiques plus vertes.

De dos au fleuve

Et Marc Parent ? Pourquoi serait-il candidat dans le district du Bic après avoir été maire ? D’abord parce que c’est de là qu’il vient, puisque M. Parent était conseiller du Bic quand le maire Éric Forest est parti en plein mandat en 2016 pour devenir sénateur à Ottawa.

À l’époque, les dix autres conseillers à la mairie avaient choisi Marc Parent à l’unanimité pour assurer l’intérim. Il s’était alors engagé à ne pas solliciter de nouveau mandat aux élections suivantes (2017), mais avait changé d’idée, ce qui lui avait valu bien des critiques. Chose certaine, si Marc Parent confirme qu’il va de l’avant au Bic, l’élection dans le district risque d’être aussi captivante que celle à la mairie.

Il faut dire que le district du Bic a une identité très forte, qui n’est pas étrangère au fait qu’il ait mis du temps à fusionner avec Rimouski (en 2009). Si la fusion s’est imposée à l’époque, c’est parce que Le Bic avait besoin de s’approvisionner en eau chez sa voisine, souligne Bruno Jean, professeur émérite au Département sociétés, territoires et développement de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR).

Dans quelle position Marc Parent laisse-t-il la Ville de Rimouski ? Dans une sorte de questionnement identitaire, répond le professeur spécialisé en développement régional. « Rimouski profite d’un mouvement de concentration urbaine. On voit des populations de tous les villages aux alentours qui viennent s’y établir, et ça, c’est vécu négativement par la population de ces petits villages, mais ça assure un certain dynamisme à la ville. »

La municipalité, qui est sur le point de franchir la barre des 50 000 habitants, a d’ailleurs vu sa population recommencer à augmenter depuis deux ans.

Une tendance qui pourrait se confirmer avec l’ouverture prochaine d’un département de médecine à l’hôpital de Rimouski pour former les futurs médecins et les garder dans la région. Rimouski peut aussi tirer profit de l’attrait des gens pour le plein air et la proximité avec le fleuve. « Je me souviens d’avoir fait des entrevues à l’université avec des jeunes profs. La première chose dont ils nous parlaient, ce n’était pas de la job, mais du parc du Bic et du reste…, mentionne le professeur Bruno Jean. On a une capacité d’attirer qu’on ne pensait pas qu’on avait. »

Depuis la pandémie, cet attrait pour la nature n’a fait que se renforcer. La « promenade de la mer » qui longe le fleuve n’a d’ailleurs jamais été aussi bondée, fait-il remarquer.

Il reste toutefois beaucoup à réparer et à accomplir au centre-ville. La rue Saint-Germain, qui fait office de rue principale, fait encore dos au fleuve duquel elle est de surcroît séparée par l’autoroute.

Tout cela alors que des lieux-clés du cœur de la ville sont en dormance, prisonniers de projets qui n’aboutissent pas. La cathédrale est fermée depuis six ans, et la plaie urbaine du stationnement de la Grande Place persiste. Après être allée jusqu’à faire adopter une loi à l’Assemblée nationale pour y permettre la réalisation d’un projet du groupe Sélection, la Ville est désormais en attente des nouvelles du promoteur, dont les projets ont été ralentis par la pandémie.

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