«Caveat»: secrets de famille | Le Devoir

Premier long métrage écrit, réalisé et monté par Damian Mc Carthy, Caveat est rempli de lieux, figures et motifs surutilisés dans le cinéma d’horreur. Or, la modeste réussite de ce conte macabre, à défaut d’une meilleure description, tient à l’approche du cinéaste irlandais.

Autrement dit, l’intérêt ici réside dans l’écrin plus que dans le bijou, dans le « comment » plus que dans le « quoi »?.

L’action se déroule dans une grande maison délabrée (évidemment) isolée sur une île (bis), et concerne un homme amnésique prénommé Isaac.

Sans le sou, Isaac accepte l’étrange boulot que lui propose Barrett, un ami dont il ne se souvient pas. Pendant quelques jours, Isaac doit simplement surveiller Olga, la nièce de Barrett : rien de compliqué, promet ce dernier. Perturbée depuis le suicide de son père et, auparavant, la disparition de sa mère, Olga refuse de quitter la maison familiale mais ne peut être laissée seule.

Un lapin mécanique

Devant l’une des exigences de Barrett, Isaac hésite. En effet, pendant son séjour, Barrett doit accepter de traîner une longue chaîne rivée à un pieu planté dans la cave sombre et humide. La nécessité l’emporte.

Entre les murs remplis de secrets de la lugubre propriété, Isaac s’enfonce ainsi dans une sorte de cauchemar éveillé. Cauchemar dans lequel un lapin mécanique tient un rôle prépondérant.

Élément vedette du film, ce « jouet » est tellement effrayant que seuls des parents irresponsables ou malveillants penseraient l’offrir à leur enfant. Des qualificatifs, justement, qui pourraient avoir convenu à ceux d’Olga, comme le suggèrent diverses révélations.

Une étrangeté normale

On l’aura compris, avec pareil point de départ (personne n’accepterait un tel mandat, amnésie ou pas), Caveat n’est pas campé dans la réalité telle qu’on la connaît.

L’étrangeté y est la norme plutôt que l’exception. Ce que Damian Mc Carthy établit d’emblée, sans équivoque, entre autres en commandant un jeu légèrement distancé aux interprètes.

Le cinéaste forge en outre une atmosphère de décrépitude aussi évocatrice que sinistre. On dirait un croisement entre les opus gothiques de Mario Bava comme Les trois visages de la peur (le sketch La goutte d’eau en particulier), et le cinéma en volume de Jan Svankmajer (pour les décors décatis très parents et ce fameux lapin qui rappelle celui vu dans Alice)?.

À ce propos, Caveat relève dans l’ensemble davantage de l’angoisse sourde et du mystère que de l’horreur pure. Quoiqu’il ait des images assez saisissantes, tout spécialement celles concernant ce qu’il est advenu de la mère d’Olga.

Et tout cela est fort bien. En revanche, Caveat s’avère capricieux sur le plan narratif. Très simple a posteriori, l’intrigue est artificiellement complexifiée au moyen d’un enchevêtrement de retours en arrière parfois confus.

Il n’empêche, à terme, Damian Mc Carthy impose une certaine vision, et induit de réels frissons.

 

Caveat (V.O.)

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Horreur de Damian Mc Carthy. Avec Jonathan French, Leila Sykes, Ben Caplan, Conor Dwane. Irlande, 2021, 86 minutes. Sur Shudder.

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