?Télétravail: entre attentes et appréhensions sur le retour au bureau

Si certains employés attendent avec impatience de revoir leurs collègues au bureau sur une base régulière, d’autres ont pris goût au télétravail, loin du trafic et du veston.

Plusieurs entreprises se retrouvent ainsi devant un casse-tête logistique dans le contexte du déconfinement en cours. État des lieux.

En mars 2020, lorsque le gouvernement Legault a ordonné le télétravail obligatoire pour tous les employés administratifs et de bureau, de nombreuses entreprises ont dû s’adapter à cette nouvelle réalité dans l’urgence. Cette situation, qui s’annonçait temporaire, pourrait toutefois avoir des effets durables sur l’organisation du travail de nombreux employeurs, comme en témoigne la troisième édition de L’état du centre-ville de Montréal, publié à la mi-mai par l’Institut de développement urbain du Québec.

Ce rapport a montré que 76 % des 1000 travailleurs de la grande région de Montréal sondés au début du mois d’avril souhaitent continuer à travailler à partir de la maison plus de la moitié de la semaine après la pandémie.

La plupart des entreprises québécoises jointes par Le Devoir dans les dernières semaines ont par ailleurs indiqué avoir sondé leurs employés en interne dans les derniers mois pour connaître leurs attentes en prévision du retour au bureau.

Unanimement, elles constatent que le télétravail est là pour de bon, du moins une partie de la semaine, dans une formule « hybride ». C’est notamment ce que remarque le président pour le Québec et l’Est canadien de l’agence de publicité Cossette, Louis Duchesne.

« Si j’avais à vous résumer ce qui est ressorti de [nos sondages internes], c’est que presque personne ne veut revenir à ce que c’était avant », laisse-t-il tomber en entrevue.

« On croit encore à l’importance d’un bureau physique et on va encourager nos gens à venir au bureau, mais pas nécessairement sur une base à temps plein », ajoute-t-il.

« Tout le monde a ce discours-là », lance le premier vice-président au sein de la firme immobilière CBRE, Christian Charbonneau, qui compte plusieurs grands employeurs de Montréal parmi ses clients.

Selon lui, si les entreprises adoptent cette approche de compromis, à mi-chemin entre le télétravail et le retour complet au bureau, c’est pour éviter de se faire dire « qu’ils ne sont pas à l’écoute de leurs employés ».

« La plus grande problématique des clients avec qui je parle, c’est la rétention de la main-d’œuvre », ajoute-t-il. Or, « c’est sûr qu’une entreprise qui n’a aucune ouverture au télétravail va avoir de la difficulté à retenir ses employés », opine également l’avocate spécialisée en droit du travail au cabinet Langlois, Marianne Plamondon, qui rappelle qu’une « pénurie de main-d’œuvre » affecte plusieurs secteurs de pointe.

Une préparation complexe

Les entreprises se retrouvent ainsi à devoir peaufiner leurs politiques de travail, à revoir la configuration et la taille de leurs espaces de bureau et à faire preuve d’innovation pour tenter de convaincre leurs employés de revenir au bureau quelques jours par semaine lorsque Québec l’autorisera, probablement à la fin du mois d’août.

« Les bureaux assignés à un professionnel, j’ai l’impression que ça va grandement diminuer cette réalité-là dans divers milieux professionnels », anticipe l’administrateur du cabinet Devichy Avocats, Xavier Cormier, qui compte des bureaux dans neuf villes québécoises, dont Montréal et Gatineau. Après la pandémie, ses employés continueront d’effectuer du télétravail et ne se déplaceront au bureau que pour rencontrer des clients de temps à autre. Les espaces seront partagés et fonctionneront sous réservation, une approche que comptent aussi adopter, par souci d’efficience, plusieurs entreprises contactées?.

« Tu ne peux pas avoir un parc immobilier très cher au centre-ville de Montréal avec des bureaux vides [en raison du télétravail] », explique M. Cormier.

L’entreprise de logiciels montréalaise GSoft, qui compte quelque 300 employés, a pour sa part modifié les avantages sociaux de ses employés pour y intégrer « un budget couvrant les dépenses liées à l’environnement de travail à la maison ainsi que pour payer les frais d’utilisation Internet », indique une porte-parole, Jennifer Ahken. La compagnie a par ailleurs « réduit la superficie et repensé l’aménagement complet de [ses bureaux] », ajoute-t-elle.

 

« Est-ce que c’est vraiment de prendre soin du bien-être de nos employés que de leur imposer à tous d’être dans le trafic à 7 h 30 du matin ? » — Louis Duchesne, président pour le Québec et l’Est canadien chez Cossette

Faire revivre le centre-ville

Au cabinet comptable EY Canada, dont le siège social se trouve au cœur de la métropole, une formule hybride de travail, alternant le domicile et le bureau, était déjà en place bien avant la pandémie.

« Maintenant, c’est généralisé [le télétravail] et c’est cinq jours par semaine et ça, ça nous inquiète », soulève toutefois la directrice adjointe pour le Québec d’EY, Anne-Marie Hubert.

Selon elle, une présence occasionnelle au bureau est essentielle pour contribuer au développement professionnel et personnel des employés, mais aussi pour « faire revivre le centre-ville ».

« Pour la grande majorité [des employés], ce qui leur manque le plus, ce sont les interactions sociales, la collaboration spontanée et les possibilités d’apprentissage et de mise en réseau qui découlent de la présence au bureau », constate d’ailleurs la directrice des ressources humaines d’IBM Canada, Katherine Faichnie. Celle-ci constate, sondages internes à l’appui, que la majorité des employés de l’entreprise souhaiteraient retourner au bureau « au moins un à trois jours par semaine » au terme de la crise sanitaire.

Maintenant, c’est généralisé [le télétravail] et c’est cinq jours par semaine et ça, ça nous inquiète

 

Quant au gouvernement du Québec, les différents ministères et organismes contactés confirment que la grande majorité de leurs milliers d’employés continuent actuellement d’effectuer du télétravail. Une mesure qui continuera tant que la pandémie ne sera pas derrière nous.

« Le retour graduel de l’ensemble des employés de la fonction publique pourrait se faire à compter de la date où les paliers de couleur seront retirés. Selon les grandes étapes du déconfinement présentées par le gouvernement, cela pourrait correspondre à la fin du mois d’août », avance le chef d’équipe aux affaires publiques du Conseil du trésor, Antoine Tousignant.

Changer la vocation du bureau

Des employeurs pourraient d’ailleurs décider de revoir l’aménagement de leur bureau dans les prochains mois, entrevoit la designer senior chez ADHOC Architectes, Mélanie Boivin.

« Il y a la tentation de réduire les espaces. Mais parfois, ce n’est pas avantageux de réduire l’espace, [et plus judicieux] de revoir les activités qu’on réalise au bureau », souligne-t-elle. Selon elle, les employeurs auront avantage à trouver un équilibre entre les espaces fermés destinés aux employés en quête de tranquillité, les aires ouvertes, de même que des salles de rencontre destinées au travail d’équipe en petits groupes. Une attention particulière devra aussi être apportée à l’ergonomie des espaces de travail, estime-t-elle.

« Si les employés ne sont pas confortables et que leur milieu de travail est trop bruyant, ils n’auront pas avantage à retourner au bureau », résume Mme Boivin. Un appel qui a été entendu par la firme d’ingénierie FNX-INNOV, qui tentera de convaincre ses employés de revenir quelques jours par semaine au bureau après la pandémie.

« On a modernisé nos espaces au goût du jour, avec des espaces plus modernes et collaboratifs », explique la directrice des ressources humaines à FNX-INNOV, Caroline Dupont.  

Les amoureux du télétravail

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